Un destin plein de promesses





Et puis ... le tunnel !






Jean Luc Moutonnet 

Le vendredi 16 juin, l’avant-veille de la fête des Pères, Jean Luc s’était entretenu au téléphone, peu avant midi, avec sa sœur Chantal, sa complice de toujours, au sujet d’un cadeau : «Qu’est-ce qu’on offre à Papa, tu y as pensé ! »
« Oui, mais j’hésite, je t’expliquerai, à ce soir ! »

Il est 19h35, Jean Luc arrive dans le hall de la Gare du Nord et se dirige vers le quai, où est stationné l’autorail à destination de Laon. Habituellement, il court pour sauter dans les derniers wagons, mais aujourd’hui, il est à l’heure, et monte en tête de la « micheline » puis s’installe. 19h46mn, un coût de sifflet et le train s’ébranle, l’arrivée à Laon, est prévue pour 21h30mn


Une enfance aulnoisienne
Une carrière prometteuse
Le club des jeunes d'Aulnois

Et puis le tunnel













Le sport,une seconde nature
Les années FCL






 
19h46mn, un coup de sifflet et le train s’ébranle, l’arrivée à Laon, est prévue pour 21h30mn Jean Luc confortablement installé, regarde le paysage, il s’évade et réfléchit en pensant à Cholet, il revit sa course et imagine un autre scénario, il pense aux J.O., et au cadeau de Papa. A nouveau, il s’évade, le train vient de passer Villers-Cotterêt, dans quelques minutes on sera à Soissons, çà y est on entre dans le tunnel de Vierzy, il est 20h54mn.
 
Soudainement, brutalement, un choc, un bruit assourdissant, l’autorail vient de heurter une énorme masse de pierres et de terre, obstruant totalement le passage du tunnel. La voute du tunnel s’est effondrée.

Jean Luc et les passagers sont projetés violemment vers l’avant, contre les fauteuils, contre les parois de la voiture, les vitres volent en éclats, l’avant de l’autorail se disloque, les ferrailles se tordent et mutilent les occupants dont les cris d’effroi et de douleur sont couverts par les moteurs des engins qui commencent à perdre leur carburant.

L’arrière du train a évidemment subi aussi le choc, mais dans de moindres proportions, en effet, les voitures de tête, après le choc, ont joué le rôle “d’amortisseur’’ il n’y aura pratiquement pas de décès dans les voitures de queue.

“Jean Luc, comme nous aurions aimé que tu sois, une nouvelle fois, en retard, au départ de Paris ! ’’  






Cédric Beaurin dans les années 90 qui participe à la course, il est le neveu de Jean Luc.

Dans l’autre sens, l’autorail en provenance de Laon pénètre dans le tunnel, pour croiser, dans quelques instants celui arrivant de la capitale, soudain il se trouve face à un monticule de roche et de terre, suit la pente pour s’engouffrer dans le vide laissé par la chute de pierres et de terre, et finir totalement compressé et disloqué.

C’est dans ce dernier qu’on dénombrera le plus grand nombre de victimes. Pendant ce temps, à Laon, Monsieur MOUTONNET, Chantal et son frère Christian attendent en gare.

A 21h50mn, un représentant de la SNCF avertit : « Mesdames et Messieurs, le train en provenance de Paris a du retard ! » c’est tout et c’est bref. Vers 22h 30mn, des gendarmes entrent dans la gare et informent qu’il y a eu un accident grave dans le tunnel de Vierzy, et qu’ils ne peuvent en dire plus. Chantal, son père et son frère retournent à Aulnois, prennent des couvertures et s’en vont en direction du tunnel.












































Arrivés sur place, ils essaient de s’approcher du lieu de l’accident, mais sont repoussés par un cordon de protection composé de gendarmes et de gardes mobiles.

Ils s’en retournent, alors, à Aulnois, via la Gare de Laon, en espérant glaner de plus amples informations, mais en vain, la SNCF étant toujours aussi discrète. . Alors commence une longue période de doute, d’espoir puis de désespoir.

Le lundi 19, après deux longues journées d’angoisse, la Famille MOUTONNET a été avertie que Jean Luc reposait dans la chapelle de l’hôpital à Soissons, et qu’elle était invitée à se rendre sur les lieux. Tous les membres de la famille s’en allèrent en la chapelle. Marc était là, le copain de chambrée à l’INS Jean Pierre SANS, lui aussi, venu en moto, tous dans la peine, mais aussi les bons copains, les deux Philippe Parmentier et Coutant qui ont eu la douleur de reconnaître le corps. La sanction est tombée, c’est bien lui, Jean Luc n’est plus, c’est le choc, c’est violent, « dis-moi que c’est pas vrai, c’est pas possible ! ».





























Les jours qui suivent sont durs, très durs pour tous, parents frères et sœur, fort heureusement il y a les amis, les vrais, ceux qui réconfortent, ceux qui écoutent, ceux qui rassurent.

Jean Luc allait avoir 20 ans, il était superbe, superbe dans la générosité, superbe dans le don de soi, superbe dans l’effort, le genre de type qu’on aime fréquenter, il était un Grand Champion en devenir, il manque encore aujourd’hui, il manque, à ses proches, à ses copains d’Aulnois mais aussi à ceux de l’athlétisme, sport qu’il aimait tant, ceux de la fraternelle des Cheminots de Laon, les Marc, Marcel, Philippe, Pierrot, Francis, Jean-Philippe, Dominique et François et les autres de l’équipe de France et en particulier Roqui.

Ce vendredi, 16 juin 1972, peu avant 21h, 111 passagers ont été gravement blessés et 108 ont perdu la vie dans le tunnel de Vierzy, dont une grande majorité de Jeunes et parmi eux, Jean Luc MOUTONNET.

Voici, en quelques lignes, la vie ou plutôt, l’histoire de Jean Luc, gamin d’Aulnois personnage au parcours atypique qui, un soir de printemps, s’en est allé alors qu’il découvrait à peine la vie et que se profilait, devant lui, un avenir des plus agréables, empli de satisfactions et de joies.
































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La course Jean Luc Moutonnet

En 1993, le président des courses sur routes, M Jack Guillaucourt, organisateur de la course de Vivaise et désireux d’augmenter le nombre de courses dans le département de l’Aisne, proposa à Jean Luc Balin, conseiller municipal à Aulnois de 1988 à 1994, d’en organiser une dans la commune.


Jacques Moutonnet, lui aussi conseiller municipal, a tout de suite proposé que cette course soit le support d’un challenge en mémoire de son fils Jean Luc et qu'il offrirait le superbe challenge. Avec une trentaine de bénévoles Aulnoisiens, le conseil municipal, et la participation de la FCLaon, la première épreuve fut organisée en avril 1994.

Cette épreuve comportait 4 courses :
 
- 500M pour les enfants de moins de 10 ans ;  
- 1000M pour les enfants de 11 à 14 ans ;
- 2000M pour les ados de 13 à 15 ans  ;
- 10000M pour la course des adultes.


Le départ et l’arrivée s’effectuaient à l’école primaire, sauf la dernière année en 2003 où ils eurent lieu sur le stade. Les courses jeunes s’effectuaient autour des écoles et la course des as effectuait des boucles dans le village en montant vers le haut du village en passant par la rue de la piscine puis descente jusqu’à la Mairie et retour par la rue du Tranois. Ceci deux fois.

Il y avait une cinquantaine de participants pour les courses jeunes et une centaine pour la course de 10km. Cette course rassemblait les meilleurs coureurs du département et avait un record de 33minutes 45 secondes.

Chaque coureur repartait avec une récompense (teeshirt, parapluie, sac de sport, serviette selon les années) offerte par les divers sponsors (Continent, Sport 2000, quelques dons d’Aulnoisiens). En finale une tombola se faisait au tirage des dossards pour récompenser une dizaine de participants.


Le challenge était remis par M et Mme Moutonnet.


Les photographies du Tunnel de vierzy viennent de clichés de conducteurs de la SNCF, elles nous ont été transmises par Olivier Gentet. Elles ne peuvent être utilisées sans autorisation. Les autres photographies proviennent de la famille Moutonnet.